LA CÉRÉMONIE LAÏQUE DE MARIAGE

Depuis 2005 environ, de plus en plus de couples choisissent d’échanger leurs vœux au cours d’une cérémonie de mariage laïque. Lorsque celles-ci n’étaient pas encore très répandues, on les qualifiaient volontiers de « cérémonies à l’américaine », ce qui n’est pas un terme adapté puisque la plupart de celles célébrées aux Etats-Unis sont en réalité des cérémonies religieuses. Là-bas, comme en Belgique ou encore au Canada, il est possible d’obtenir une délégation pour marier un proche. Certains religieux peuvent également officier en plein air, ce qui n’est pas le cas chez nous.

En effet, en France la loi est stricte : le mariage civil ne peut être prononcé que par le maire ou un de ses adjoints dans l’enceinte même de la mairie ou éventuellement dans un autre bâtiment communal. Le mariage religieux catholique ne peut être prononcé que par un prêtre, dans une église ou une chapelle consacrée rattachée à une paroisse identifiée. En France, une cérémonie célébrée en extérieur par quelqu’un qui n’est pas un·e représentant·e civil·e ni religieux·se est donc bien une cérémonie laïque.

OFFICIANT OU CÉLÉBRANT LAÏQUE

Certains marié·e·s confient l’écriture et la célébration de leur cérémonie laïque à leurs proches : évocation des souvenirs d’enfance ou des bêtises de l’adolescence, poème dit d’une voix hésitante, chanson reprise en cœur avec enthousiasme, émotion, rigolade… Improvisation quasi totale ou mise en scène plus soignée, les résultats sont aussi divers que les gens le sont.

Mais parfois les couples manquent de bonnes volontés (ou d’aisance) au sein de leur entourage, dans ce cas ils ont la possibilité de confier ce moment à un·e célébrant·e professionnel·le qui assurera la présentation et les transitions, coordonnant les idées de chacun pour assurer la cohérence de l’ensemble. Parfois le·la célébrant·e ira un peu plus loin, en imprimant son propre style à la cérémonie ou en s’impliquant dans la personnalisation.

PAS SI LAÏQUE QUE ÇA…?

Quand le mariage s’annonce, il arrive fréquemment que la question du religieux, bien qu’absente de la vie quotidienne du couple, fasse une réapparition soudaine et devienne même un sujet brûlant. Un·e des membres du couple peut avoir une conviction religieuse ou craindre de décevoir sa famille et envisage donc un mariage à l’église (au temple, à la synagogue…) Mais l’autre ne veut pas forcément en entendre parler. Parfois, ils.elles se rejoignent sur un point : la crainte que leurs proches considèrent leur union civile comme une simple officialisation et qu’une sympathique cérémonie laïque faite par leurs amis n’y change pas grand-chose. On ressent aussi parfois la crainte de ne pas se « sentir marié·e·s » sans la solennité, le mystère et les rituels d’une cérémonie religieuse. Ce sentiment est parfois clairement assumé, sinon encore tacite mais ne demande qu’à s’exprimer.

Les couples concernés peuvent alors se tourner vers des officiant·e·s qui sont en mesure d’amener une dimension spirituelle à la cérémonie, le tout est alors de trouver celui·celle qui sera en affinité avec le ressenti du couple et qui sera capable de fédérer un public d’invité·e·s dont les convictions sont – par définition – très variées.

A ce stade de la conversation, le terme de « laïque » peut commencer à ne plus être si adapté que ça finalement, car ce terme est souvent associé au non-religieux (voire à une démarche anti-religieuse ou anti-spirituelle). Toute une variété des terminologies peut alors apparaître : cérémonie spirituelle, symbolique, païenne, chamanique, d’engagement, de vœux, celtique, druidique, pagane…

Ces idées de cérémonies ont toutes pour points communs de proposer :
• une atmosphère solennelle
• un engagement réel et sur mesure
• des rituels dont certains peuvent faire référence aux traditions, religieuses ou non
• on aimerait ajouter : une égalité homme– femme assumée

Parmi ces rituels, le « rituel des rubans » a désormais une place de choix. Il est évoqué par beaucoup de blogs de wedding-planners ou de sites de célébrant·e·s, leur intérêt étant souvent orienté sur la beauté du geste plutôt que sur un fond très significatif. Le romantisme de deux mains jointes liées par un joli ruban semble faire l’unanimité !

Que peut-on dire de vraiment intéressant de ce geste de « lier les mains » (handfasting en anglais) ?

LES ORIGINES DU HANDFASTING

Présent dans certaines séries télévisées ou films, le handfasting est souvent relié à l’ambiance celtique ou au druidisme, même si on retrouve ce geste dans d’autres cultures (Cambodge par exemple). On lui prête des origines et des significations diverses qui n’ont souvent aucun fondement avéré.

Le geste de lier les mains viendrait des pays nordiques, des îles britanniques, et plus largement du nord de l’Ecosse (Highlands) où il avait valeur de fiançailles. Depuis quand ? Impossible de le dire. En tous cas jusqu’en 1753, date à laquelle il a été décidé que le mariage ne pouvait être prononcé que par un représentant du clergé.

Faire un nœud (« to tie the knot ») est d’ailleurs aujourd’hui une expression familière dans les pays anglo-saxons, elle est un peu l’équivalent de nos expressions « se faire passer la corde au cou » ou « avoir la bague au doigt ». Bref, une façon délicate d’évoquer un sentiment mutuel de propriété entre les époux et l’exigence absolue de fidélité (souvent reliée à l’idée religieuse du péché).

LE HANDFASTING EST-IL UN GESTE RELIGIEUX ?

La réponse n’est pas clairement oui ou non. On ne sait pas si ce geste était pratiqué par les celtes anciens. On sait par contre qu’il était souvent utilisé dans les îles (Hébrides en particulier) pour sceller un engagement. Ce geste n’a pas toujours été lié au mariage, il pouvait sceller une poignée de mains en d’autres circonstances (accord de vente d’un bien par exemple). Un peu comme une signature dans des temps où l’écrit était moins présent qu’aujourd’hui.

Dans le cadre du couple, le handfasting permettait d’habiter ensemble avant que le couple ne puisse se rendre à l’église ou qu’un représentant légal passe dans le village. Dans ce cas précis, le handfasting n’est donc clairement pas un rituel alternatif mais plutôt un usage populaire étroitement lié au mariage chrétien, il s’associe au mariage plutôt dans sa dimension « fiançailles».

Le geste de handfasting est un accord qui est à priori révocable ou renégociable, sous réserve d’une nouvelle entente des parties. On ne peut pas le réduire au « Jusqu’à ce que la vie nous sépare » du sacrement de mariage chrétien.

Le handfasting a perduré en Ecosse de façon massive jusqu’aux années 40, au titre de simple tradition. A partir des années 1950, le geste est repris par la religion wiccane* qui comporte une importante dimension rituelle (célébrations des sabbats basés sur les anciennes fêtes celtiques liées en partie aux solstices et aux équinoxes). La Wicca a des liens plus ou moins diffus avec le chamanisme, le paganisme, le druidisme, la magie, la sorcellerie, les mythologies antiques, slaves, nordiques et évidemment celtiques.

DRUIDISME ET HANDFASTING, QUELS SONT LES LIENS ?

Si beaucoup associent ces deux termes car ils évoquent une ambiance commune, il n’y a pas de liens anciens avérés. Les Druide·esse·s de l’antiquité et du Moyen-Age ne célébraient des mariages. En tant que savant·e·s, leurs préoccupations étaient ailleurs Il est probable que le·la barde·esse, la mère ou le père de famille ou encore le·la chef·fe de clan étaient en charge de la vie sociale du clan, dont les mariages faisaient partie.

Quant aux Druide·esse·s modernes (groupes issus du néodruidisme, à partir du 17ème s.) leurs approches sont multiples, entre religion pour certain·e·s et tradition ancienne ou philosophie pour d’autres. Certain·e·s bénissent les unions et pratiquent le handfasting, d’autres le voient comme un geste contradictoire avec leurs croyances celtiques : « La bénédiction ne peut faire appel à aucun moment aux divers symboles de lien et d’union […] tels que les alliances, anneaux, rubans noués, échanges de vœux ou de présents (qui renvoient à la dot de la future épouse dans le cadre d’un mariage). Cela reviendrait en effet à entériner la possession des êtres […]. » (http://www.bretagne-secrete.com/mariage-druidique/) Cette position s’oppose ainsi clairement aux religions monothéïstes, en particulier judéo-chrétiennes.

QUELLE DIFFÉRENCE ENTRE UN RITUEL DES RUBANS ET UN HANDFASTING CELTIQUE ?

Il n’y a pas une seule vérité, à ce stade je ne peux que donner un avis personnel : si le handfasting veut s’inscrire dans la tradition celtique, il doit alors forcément être abordé dans sa dimension révocable. L’idée est que chacun puisse remettre en question son engagement si les circonstances l’exigent (perte d’amour ou de confiance par exemple). Ce questionnement en soi, le fait que les conjoint·e·s ne soient pas lié·e·s mais relié·e·s sans se sentir emprisonné·e·s, est selon moi – et peut-être paradoxalement pour certain·e·s – un gage de durabilité pour le couple.

Mais après tout, nul n’est forcé de relier ce geste à l’univers celtique ! Dans ce cas on parlera plutôt en effet de cérémonie des rubans ou de rituel des mains liées et il y a alors mille façon de l’envisager : deux mains, quatre mains, avec des cordes, des rubans aux couleurs symboliques, ou en associant les liens à des personnes. Il existe aussi toutes sortes de façon de nouer des nœuds.

UNE CÉRÉMONIE PAÏENNE EST-ELLE FORCÉMENT UNE CÉRÉMONIE NON RELIGIEUSE ?

Et bien, pour finir en beauté je dirais : pas forcément ! Un·e païen·ne n’est pas forcément un·e athée (quelqu’un qui ne croit en aucun Dieu).

Aux yeux des croyant·e·s des 3 grandes religions monothéïstes (christianisme, judaïsme et Islam), un·e païen·ne c’est seulement quelqu’un qui ne croit pas en leur propre Dieu.

Aux yeux des païen·ne·s eux·elles-mêmes, le paganisme peut être ou ne pas être une religion. Certain·e·s vénèrent des divinités (religion druidique) ou pratiquent la magie (Wicca). D’autres s’intéressent simplement aux énergies naturelles (lune, éléments naturels, Eau, Air, Terre, Feu) ou aux énergies humaines.

CÉRÉMONIE SPIRITUELLES, PAÏENNES OU CELTIQUES ?

J’adapte les choses à chacune des personnes qui me contacte pour se marier, renouveler ses vœux ou faire baptiser ses enfants. Evidemment je tiens beaucoup à mes racines celtiques, elles ne sont jamais bien loin et je leur accorde plus ou moins de place selon le contexte.

Je qualifierais mes cérémonies de païennes car la dimension rituelle y est toujours bien présente. Mais je ne me revendique pas de religion païenne et n’invoque jamais de divinité précise.

CONCLUSION

J’espère que cet article vous aura intéressé·e·s, ceci à défaut de vous apporter des certitudes ! J’espère aussi qu’il intéressera toutes les personnes qui me contactent régulièrement et me demandant avec une certaine angoisse : « Est-ce que un vrai mariage…? »
Cette question me fait sourire : le vrai mariage, la vraie cérémonie, le vrai engagement ce sera toujours le moment pour lequel les marié·e·s elles·eux-mêmes se sentiront pleinement investi·e·s et présent·e·s. C’est ce que leurs invité·e·s ressentiront, que ce soit à la mairie, dans une forêt ou bien ailleurs…

Aurélie, célébrante pour OR&LIENS